Le secteur du contrôle technique automobile en Côte d’Ivoire est sur le point de vivre un bouleversement historique. L’annonce du projet de rachat de la Société Ivoirienne de Contrôle Techniques Automobiles et Industriels (SICTA), filiale du géant suisse SGS, par Mayelia Participations, pour plusieurs milliards de francs CFA, marque un tournant stratégique. Si elle se concrétise, cette opération, bien plus qu’une simple transaction financière, pourrait redessiner les équilibres économiques, techniques et sécuritaires du secteur, tout en ouvrant la voie à une expansion régionale ambitieuse.
Contexte : Deux géants aux trajectoires contrastées
La SICTA, un pilier historique sous pavillon suisse
Fondée il y a plus de 50 ans, la SICTA incarne l’expertise européenne dans le domaine du contrôle technique en Afrique de l’Ouest. Sous l’égide de SGS, leader mondial de l’inspection et de la certification, la SICTA a construit sa réputation sur des normes internationales, devenant un acteur incontournable avec des infrastructures réparties dans les principales villes ivoiriennes. En 2023, elle détenait environ 35 % du marché national, grâce à un réseau de 25 centres fixes et mobiles, et un carnet de clients incluant des flottes professionnelles et des particuliers.
La SICTA est détenue conjointement par le groupe suisse SGS et l’homme d’affaires ivoirien N’DIA Coffi Georges, qui en est le Président. Figure emblématique du monde des affaires en Côte d’Ivoire, N’DIA Coffi Georges est également connu pour être le père de Jil-Alexandre N’DIA, co-fondateur du célèbre portail d’information Abidjan.net. Sous sa présidence, la SICTA a consolidé sa position de leader sur le marché ivoirien, tout en maintenant des standards de qualité élevés et en s’adaptant aux évolutions technologiques du secteur.
Mayelia Automotive, la success-story ivoirienne portée par David Fofana
Née en 2018 sous l’impulsion de David Fofana, entrepreneur ivoirien et acteur clé de l’industrie automobile locale, Mayelia Automotive a su capitaliser sur les besoins croissants en contrôle technique, dans un contexte d’explosion du parc automobile ivoirien (estimé à 1,2 million de véhicules en 2023). David Fofana, diplômé de l’École Supérieure des Affaires d’Abidjan et ancien directeur commercial d’un concessionnaire automobile, a bâti Mayelia en misant sur l’innovation et la proximité. Avec 30 centres – dont 15 mobiles – déployés même dans les zones rurales, l’entreprise a séduit par sa flexibilité et ses tarifs accessibles.
Sous sa direction, Mayelia symbolise l’émergence d’un capitalisme africain dynamique, ayant capté 25 % du marché en cinq ans seulement. Fofana, décrit par ses pairs comme un « visionnaire pragmatique », a également noué des partenariats stratégiques, notamment avec la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et le groupe AFG, pour financer cette ascension fulgurante. « Notre objectif est de rendre le contrôle technique accessible à tous, sans compromis sur la qualité », déclarait-il en 2023 lors d’un forum économique à Abidjan.
Les détails de l’opération : Une transaction structurante
Évaluée entre 15 et 20 milliards de FCFA (22 à 30 millions d’euros), cette acquisition inclurait le transfert de l’ensemble des actifs de la SICTA, notamment ses licences d’exploitation, ses laboratoires, et son portefeuille client. Selon des sources proches du dossier, le montant serait réglé via un mix de fonds propres apportés par Mayelia et de financements bancaires garantis par la CNPS et le groupe AFG, dirigé par Koné Dossongui, figure influente de la finance ouest-africaine.
David Fofana, fondateur et actionnaire de référence du Groupe Mayelia, a personnellement piloté les négociations avec SGS. Ses équipes insistent sur la volonté de « préserver l’héritage technique de la SICTA tout en y injectant une agilité ivoirienne ».
Approbations en attente
Bien que l’accord soit finalisé, le feu vert des autorités ivoiriennes de la concurrence reste nécessaire. Une enquête est en cours pour évaluer les risques de monopole. Des négociations seraient également en cours avec SGS Suisse pour le transfert définitif des certifications techniques.
Implications sectorielles : Modernisation, sécurité et craintes monopolistiques
- Un saut technologique annoncé
Mayelia a dévoilé un plan d’investissement de 5 milliards de FCFA sur trois ans pour moderniser les centres hérités de la SICTA. Parmi les innovations prévues :
- Digitalisation des processus : Mise en place de plateformes de prise de rendez-vous en ligne et de rapports numériques.
- Équipements de pointe : Introduction de scanners 3D pour l’analyse des carrosseries et de logiciels IA pour détecter les fraudes aux kilométrages.
- Centres haute capacité : Construction à Abidjan d’un « méga-centre » pouvant inspecter 200 véhicules par jour, contre 50 actuellement.
David Fofana a souligné lors d’une conférence de presse : « Nous voulons faire de la Côte d’Ivoire un hub technologique du contrôle technique en Afrique de l’Ouest. »
Stratégie régionale : Le contrôle technique, nouveau champ de bataille économique
Bénin et Sénégal en ligne de mire
Mayelia ne cache pas ses ambitions transfrontalières. Au Bénin, où le parc automobile croît de 8 % par an, un partenariat avec l’État est en discussion pour ouvrir 10 centres d’ici 2026. Au Sénégal, le groupe affrontera TUV Rheinland et Dekra, mais compte s’appuyer sur des tarifs 20 % inférieurs à la concurrence.
David Fofana, qui a effectué plusieurs missions exploratoires dans ces pays, affirme : « Notre modèle hybride, combinant expertise locale et standards internationaux, est réplicable à l’échelle régionale. »
Vers un modèle panafricain ?
Si l’acquisition SICTA-Mayelia aboutit, elle pourrait inspirer d’autres consolidations en Afrique. Pour David Fofana, dont la réputation se joue désormais sur ce dossier, l’enjeu est de concilier rentabilité et intérêt général. « L’Afrique a besoin de champions industriels capables de rivaliser avec les géants étrangers, sans sacrifier l’accès aux services essentiels », conclut-il. Sous le regard vigilant des régulateurs et des automobilistes, cette potentielle révolution reste à écrire.
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