Les défis de l’industrialisation en Côte d’Ivoire : ambitions et réalités

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La Côte d'Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest, affiche une croissance robuste et une volonté affirmée de transformation structurelle. Avec un secteur industriel représentant environ 29 % du PIB et une ambition gouvernementale d’atteindre 25 % du PIB manufacturier d’ici 2030, l’industrialisation est au cœur de la stratégie économique ivoirienne. Cependant, entre ambitions et réalités, plusieurs défis majeurs entravent encore cette dynamique.

Zones économiques spéciales (ZES) : un pari stratégique

Pour dynamiser son industrie, la Côte d’Ivoire a misé sur les zones économiques spéciales (ZES). Ces espaces bénéficient d’infrastructures modernes et d’incitations fiscales pour attirer les investisseurs. Parmi elles, le VITIB de Grand-Bassam, spécialisé dans les TIC et la biotechnologie, ou encore la Plateforme Économique Industrielle d’Abidjan (PEIA) à Akoupé-Zeudji (PK24), qui cible l’agro-industrie et le BTP. Le pays prévoit aussi des parcs industriels régionaux, notamment à Bouaké et Yamoussoukro, pour déconcentrer l’activité manufacturière hors d’Abidjan.

Si ces zones offrent un potentiel attractif, leur succès dépend de plusieurs facteurs : disponibilité d’une énergie fiable, qualité des infrastructures logistiques et cadre réglementaire stable. À ce jour, certaines ZES restent sous-exploitées, faute d’une gouvernance efficace et d’une intégration fluide aux chaînes de valeur internationales.

Secteurs industriels en croissance

1. Agro-industrie : vers une montée en gamme ?

Leader mondial du cacao et de la noix de cajou, la Côte d’Ivoire cherche à augmenter la transformation locale de ses matières premières. Actuellement, 40 % du cacao et 21 % du cajou sont transformés sur place, avec un objectif de 100 % d’ici 2030. De nouvelles unités de broyage et de décorticage voient le jour, appuyées par des politiques d’exonérations fiscales.

Mais des défis subsistent : manque de financement des PME agro-industrielles, coûts énergétiques élevés et exigence croissante des marchés internationaux en matière de traçabilité et de durabilité.

2. Textile : une renaissance en gestation

Autrefois florissant, le secteur textile ivoirien tente de renaître. Avec une production de 600 000 tonnes de coton-fibre, la Côte d’Ivoire ambitionne de relancer ses filatures et ateliers de confection. Des entreprises comme Uniwax et de nouvelles unités textiles sont soutenues par des plans de relance étatiques.

Toutefois, la compétitivité reste un frein. Produire un tissu en Côte d’Ivoire coûte encore deux à trois fois plus cher qu’au Maroc ou en Tunisie. L’investissement dans la modernisation des machines et la formation de techniciens qualifiés est donc essentiel.

3. BTP : moteur de la croissance

Avec un marché en pleine expansion, le BTP ivoirien affiche une croissance annuelle de 8 %. Des projets ambitieux comme le métro d’Abidjan, de nouveaux échangeurs et le Parc des Expositions illustrent la volonté de modernisation. Le secteur privé, notamment les groupes marocains et turcs, investit massivement dans l’immobilier.

Cependant, l’accès aux matériaux de construction abordables et la qualification de la main-d’œuvre restent des défis à relever pour soutenir cette dynamique.

Comparaison avec d’autres modèles africains

D’autres pays africains ont adopté des stratégies industrielles inspirantes :

  • Le Maroc, grâce à ses zones franches comme Tanger Automotive City, est devenu un hub de l’industrie automobile.
  • L’Égypte, via ses Qualified Industrial Zones, a dynamisé son textile et son agroalimentaire.
  • L’Afrique du Sud a misé sur une intégration forte de ses chaînes de valeur manufacturières, notamment dans l’automobile.
  • Le Rwanda, avec une gouvernance efficace et des politiques pro-business, est devenu un modèle de croissance industrielle inclusive.

La Côte d’Ivoire peut s’inspirer de ces modèles en renforçant la formation, en améliorant le climat des affaires et en structurant des écosystèmes industriels cohérents.

Les défis majeurs à surmonter

  1. Énergie et infrastructures : L’instabilité énergétique freine les industries. La modernisation du réseau électrique et l’exploitation d’énergies renouvelables sont impératives.
  2. Formation et main-d’œuvre : Un taux d’alphabétisation de 50 % limite l’accès à des emplois industriels qualifiés. Des écoles techniques spécialisées doivent être développées.
  3. Accès au financement : Les PME industrielles peinent à obtenir des crédits bancaires, ralentissant leur croissance.
  4. Climat des affaires : Simplifier la réglementation et renforcer la transparence seront essentiels pour attirer davantage d’investissements étrangers.

Perspectives et recommandations

L’industrialisation de la Côte d’Ivoire doit s’inscrire dans une vision à long terme, en consolidant les acquis et en relevant les défis structurels. Voici quelques leviers prioritaires :

  • Poursuivre les réformes pour améliorer l’attractivité des ZES.
  • Investir massivement dans l’énergie et la formation technique.
  • Encourager la montée en gamme des industries locales pour capter plus de valeur ajoutée.
  • Tirer parti de la ZLECAf pour favoriser les exportations intra-africaines.

Si ces défis sont relevés, la Côte d’Ivoire pourra s’imposer comme un pôle industriel majeur en Afrique de l’Ouest, favorisant ainsi un développement économique plus inclusif et durable.


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