Le boom des paris en ligne en Côte d'Ivoire : opportunités économiques et défis sociétaux

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La Côte d'Ivoire connaît une véritable révolution dans le secteur des jeux d'argent. Portés par la digitalisation et l'essor du mobile money, les paris en ligne se sont imposés comme un phénomène de masse, générant des revenus considérables mais soulevant également d'importantes questions sociétales.

Un marché en croissance exponentielle

Le paysage des paris sportifs ivoirien est aujourd'hui dominé par six opérateurs agréés : LONACI-Sportcash, 1xBet, Betclic CI, Premier Bet, Akwabet et Chopbet. Les chiffres témoignent d'une croissance fulgurante : entre 2022 et 2023, les deux leaders privés du marché, 1xBet et Betclic CI, ont vu leur chiffre d'affaires bondir de 172%, passant de 20,8 milliards FCFA à 56,7 milliards FCFA.

La LONACI (Loterie Nationale de Côte d'Ivoire), qui conserve le monopole légal des jeux d'argent dans le pays, a quant à elle enregistré un chiffre d'affaires record de 561,24 milliards FCFA en 2024, tous jeux confondus. Cette performance s'explique par la popularité grandissante des plateformes de paris, l'engouement pour le football européen et l'accessibilité offerte par les smartphones et services de mobile money.

Un cadre réglementaire qui s'adapte

Face à cette explosion, l'État ivoirien a renforcé son arsenal législatif. Depuis 2020, le secteur est encadré par la Loi n°2020-480 sur les jeux de hasard, qui confie à la LONACI la mission d'octroyer des licences aux opérateurs privés.

En 2024, le gouvernement a relevé la taxe sur les jeux de 5% à 7%, et porté l'impôt sur les sociétés du secteur à 30%. Ces ajustements visent à maximiser les retombées fiscales d'une industrie florissante, tout en combattant les quelque 500 plateformes illégales estimées opérant sur le territoire ivoirien.

Des retombées économiques significatives

"Le secteur des paris en ligne représente aujourd'hui un levier économique non négligeable pour la Côte d'Ivoire", analyse un expert du secteur. La LONACI a ainsi reversé 15 milliards FCFA aux caisses de l'État en 2024, tandis que le secteur génère des emplois dans des domaines variés comme le service client, le marketing digital ou la gestion de plateforme.

Les bookmakers contribuent également à l'économie locale par leurs investissements marketing. Premier Bet s'est ainsi associé avec la légende du football Didier Drogba pour renforcer sa notoriété, tandis que la LONACI finance diverses compétitions sportives nationales.

Un phénomène social aux multiples facettes

Si l'impact économique est indéniable, les paris en ligne soulèvent d'importantes préoccupations sociales. Dans un contexte de chômage élevé chez les 18-35 ans, ces plateformes sont perçues comme une opportunité de gains rapides. Une étude récente révèle que jusqu'à 76% des jeunes adultes dans plusieurs pays africains ont déjà placé un pari.

Cette popularité s'accompagne cependant de dérives inquiétantes. Les cas d'addiction se multiplient, poussant certains joueurs à s'endetter lourdement ou à commettre des actes désespérés. En 2023, un fait divers a particulièrement marqué les esprits : un jeune homme d'Abidjan a assassiné une collègue pour lui dérober 500 000 FCFA destinés à des paris.

Face à ces risques, la LONACI a obtenu une certification "Jeu Responsable" en 2024 et des campagnes de sensibilisation commencent à voir le jour. Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l'ampleur du phénomène.

La Côte d'Ivoire dans le contexte africain

Le pays s'inscrit dans une tendance continentale où les paris en ligne connaissent un essor fulgurant. Au Nigeria et au Kenya, pionniers du secteur, les autorités ont progressivement durci la réglementation. Le Kenya a notamment imposé une taxe de 20% sur les mises et interdit la publicité pour les jeux aux heures de grande audience.

Au Ghana et au Sénégal, le modèle réglementaire se rapproche de celui de la Côte d'Ivoire, avec une loterie nationale accordant des licences aux opérateurs privés. Le Ghana se distingue toutefois par une taxation plus agressive, avec 10% prélevés directement sur les gains des parieurs.

Vers un modèle ivoirien équilibré ?

La Côte d'Ivoire tente de construire un modèle réglementaire qui concilie développement économique et protection sociale. Cette approche progressive, sous l'égide de la LONACI, pourrait servir d'exemple à d'autres pays de la région.

Pour y parvenir, plusieurs défis restent à relever :

  • Le renforcement des mesures contre l'addiction au jeu
  • L'orientation des bénéfices vers l'économie nationale plutôt que vers des groupes étrangers
  • La limitation de la surenchère publicitaire qui normalise les comportements de jeu

"Si l'État ivoirien parvient à trouver le juste équilibre entre la captation des revenus générés et la protection des populations vulnérables, il pourrait établir un modèle de référence pour toute l'Afrique de l'Ouest", conclut un observateur du secteur.

Dans tous les cas, ce phénomène semble appelé à perdurer, façonnant durablement tant l'économie que la société ivoiriennes dans les années à venir.


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