Il y a des hommes dont le parcours transcende les frontières de l'entrepreneuriat pour s'inscrire dans l'histoire économique d'un pays. Jean-Marie Ackah, PDG du groupe AVOS, est de ceux-là. Discret, rigoureux, mais déterminé, il incarne une génération de leaders africains qui ont su bâtir des empires industriels sans jamais renier leurs racines ni leur vision. A travers le groupe AVOS, véritable fleuron de l'agro-industrie ivoirienne, il a posé les jalons d'une souveraineté alimentaire régionale et ouvert la voie à une nouvelle élite entrepreneuriale en Afrique.
D'une jeunesse abidjanaise à la présidence de SIPRA
Né le 23 septembre 1955 à Abidjan, Jean-Marie Ackah effectue sa scolarité en Côte d'Ivoire avant de poursuivre ses études supérieures en France. Diplômé de l'IDRAC Paris et titulaire d'un troisième cycle à l'Institut Français de Gestion, il revient au pays au début des années 80 avec une solide formation en management. Il intègre Palmindustrie, puis rejoint en 1980 la SIPRA (Société Ivoirienne de Productions Animales), alors filiale du groupe français Guyomarc'h. Il ne le sait pas encore, mais cette entreprise deviendra le socle d'une aventure entrepreneuriale hors du commun.
« J'ai choisi cette société parce qu'elle était embryonnaire », confiera-t-il plus tard. Rapidement, il gravit les échelons, passe par le département alimentation animale, devient Directeur général adjoint en 1992, puis PDG de SIPRA en 1993 à seulement 38 ans. Une ascension fulgurante due à son sens aigu de l'organisation, sa compréhension des enjeux industriels et une capacité rare à embarquer ses équipes dans une vision long terme.
Le pari audacieux du rachat managérial
En 1999, Jean-Marie Ackah réalise un des premiers Management Buy Out (MBO) de la Côte d'Ivoire, rachetant SIPRA avec l'appui de partenaires financiers comme l'IFC. Un acte de foi en l'avenir, mais aussi une déclaration d'indépendance économique. Il devient alors l'actionnaire majoritaire d'une entreprise qu'il a contribé à façonner, faisant la preuve que les Africains peuvent être propriétaires et non plus seulement gestionnaires de leur tissu industriel.
« À ma connaissance, c'était le premier MBO réalisé ici », dira-t-il. Cette opération de rachat le propulse dans une nouvelle dimension, celle du capitaine d'industrie. Sous sa direction, SIPRA prend son envol. La marque Coqivoire devient emblématique, les activités se diversifient, et l'intégration verticale devient le fil conducteur de sa stratégie.
Il crée en 2007 les Moulins de Côte d'Ivoire (LMCI), puis d'autres filiales, construisant un écosystème autour de la production avicole. L'objectif ? Maîtriser la chaîne de valeur, du champ de maïs à l'assiette du consommateur. Une vision pragmatique mais ambitieuse, fondée sur la création de valeur locale. « Importer ce que nous pouvons produire ici relève du non-sens économique », martèle-t-il. Il investit donc dans la culture de maïs, le développement de filières locales de soja et la modernisation des outils industriels.
Naissance du groupe AVOS et expansion régionale
En 2014, Jean-Marie Ackah structure ses activités sous la holding AVOS. L'entreprise se déploie au Burkina Faso avec SOBUPRA, puis en Afrique centrale avec le rachat de la minoterie SMAG au Gabon. Le groupe, présent aujourd'hui dans plusieurs pays, compte plus de 1 200 employés et gère un chiffre d'affaires cumulé de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.
Mais plus qu'un simple empire industriel, AVOS incarne une philosophie : celle de l'autonomie alimentaire, de la création d'emplois qualifiés, et du patriotisme économique. L'écosystème est pensé pour être résilient, adapté aux réalités africaines, et porté par un management rigoureux.
Le militant du patronat national
Au-delà de ses activités industrielles, Jean-Marie Ackah est aussi une figure centrale du patronat ivoirien. Président de l'UGECI, puis de la CGECI de 2016 à 2022, il a porté haut la voix des entreprises locales. Il a plaidé pour un meilleur équilibre entre investissements étrangers et nationaux, appelant l'État à soutenir les champions locaux.
« Le tissu d'entreprises ivoiriennes n'est pas encore à la dimension de la puissance économique de la Côte d'Ivoire », affirmait-il lors de l'une de ses prises de parole. Il a initié au sein de la CGECI un programme de mentorat pour jeunes entrepreneurs, convaincu que la réussite individuelle doit se mettre au service du collectif.
Jean-Marie Ackah a aussi présidé la FOPAO (Fédération des organisations patronales de l'Afrique de l'Ouest) et siège au conseil d'administration de plusieurs institutions, dont la BICICI. Ces engagements démontrent sa volonté de peser sur l'échiquier économique régional, avec une vision d'intégration et de responsabilité.
Leadership, héritage et transmission
Ce qui frappe chez Jean-Marie Ackah, c'est la cohérence entre sa vision, ses actes et ses valeurs. Il prône l'humilité, la rigueur, la probité. Il se méfie des effets d'annonce, mais investit dans le temps long. Il a préparé la relève en impliquant sa fille Johanne Ackah, aujourd'hui Secrétaire générale du groupe AVOS, tout en gardant un esprit ouvert sur la question de la succession.
« Le monde évolue, mes enfants devront être plus innovants que moi », dit-il avec sagesse. Cette capacité à anticiper, à s'entourer et à transmettre fait de lui un leader inspirant, un bâtisseur de ponts entre générations.
Un modèle pour l'Afrique qui gagne
Jean-Marie Ackah n'aime pas parler de lui, mais il accepte volontiers que son exemple serve à inspirer les jeunes Africains. Sa réussite est la preuve que l'on peut entreprendre, réussir, et rester fidèle à ses convictions. Il incarne cette Afrique qui ose, qui produit, qui innove, qui ne se contente plus d'être un marché, mais qui devient un acteur.
Sa devise implicite ? « Impossible n'est pas ivoirien ». Une philosophie qu'il a incarnée avec calme, constance et efficacité. Aujourd'hui encore, à la tête d'un groupe en expansion, il continue de croire en l'Afrique, en ses talents, et en sa capacité à construire son propre destin industriel.
En racontant l'histoire de Jean-Marie Ackah, c'est toute une génération d'entrepreneurs africains que l'on met à l'honneur. Des hommes et des femmes qui, à force de travail, de résilience et de vision, redessinent le paysage économique du continent. Et qui, loin des projecteurs, construisent jour après jour une Afrique plus forte, plus libre, plus prospère.
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