Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, Jean Kacou Diagou, fondateur du groupe financier ivoirien NSIA, revient sur les performances de son groupe, les défis du secteur bancaire en Afrique de l’Ouest, et l’avenir du franc CFA. À 79 ans, le patriarche de la finance ivoirienne se montre optimiste et ambitieux, malgré un environnement économique marqué par des incertitudes et des défis réglementaires croissants.
NSIA : Une success-story africaine
Fondée il y a trente ans, la Nouvelle Société Interafricaine d’Assurance (NSIA) est aujourd’hui un acteur majeur du secteur de la bancassurance en Afrique de l’Ouest. Avec un chiffre d’affaires consolidé de 502 millions d’euros en 2023 et une présence dans 12 pays, le groupe figure parmi les leaders du secteur de l’assurance vie et non-vie en Côte d’Ivoire et dans le top 5 des établissements bancaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Jean Kacou Diagou, ancien patron des patrons ivoiriens, se dit satisfait des performances de son groupe, mais ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Nous avons décidé de devenir, à l’horizon des prochaines années, un groupe financier de classe mondiale générant un chiffre d’affaires qui dépasse le milliard de dollars », déclare-t-il. Pour y parvenir, NSIA prévoit une restructuration ambitieuse, visant à renforcer ses activités bancaires et d’assurance, tout en s’alignant sur les standards internationaux.
Le modèle de bancassurance : une pertinence confirmée
Le modèle de bancassurance, qui combine services bancaires et assurances, reste au cœur de la stratégie de NSIA. Selon Diagou, ce modèle offre une réelle opportunité d’élargir l’accès au système financier pour tous les acteurs économiques. « La synergie entre la finance et l’assurance via la bancassurance s’est vite imposée à nous. Elle offre une réelle opportunité d’élargir l’accès de tous les acteurs économiques au système financier », explique-t-il.
Ce modèle a d’ailleurs été adopté par de nombreux acteurs du secteur, notamment dans la zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances), où les compagnies d’assurance se réorganisent stratégiquement pour intégrer des services bancaires. NSIA elle-même a fait un pas important dans cette direction en 2017, avec l’acquisition de la banque nigériane Diamond Bank.
Défis et opportunités dans un environnement concurrentiel
Malgré ses succès, NSIA doit faire face à plusieurs défis, notamment dans un contexte marqué par l’instabilité politique dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et le retrait progressif des banques occidentales. « Le retrait des banques occidentales comme BNP Paribas, Société Générale ou Standard Chartered a laissé un vide que les États cherchent à combler », note Diagou. Cette situation a conduit à un retour en force des États dans le secteur financier, avec pour objectif de garantir la stabilité économique et de financer le tissu économique local.
Pour les acteurs locaux et panafricains comme NSIA, cela représente à la fois une opportunité et un défi. « La professionnalisation des banques et le renforcement des régulations imposées par la BCEAO ont stabilisé le secteur, ce qui a favorisé l’émergence d’institutions mieux enracinées dans les réalités économiques régionales », explique Diagou. Cependant, la tension sur la liquidité des banques, exacerbée par les mesures de lutte contre l’inflation, reste un défi majeur. Les banques doivent innover pour répondre aux besoins de financement tout en respectant les nouvelles contraintes réglementaires.
L’internationalisation : une réflexion en cours
Alors que les banques nigérianes comme Access Bank, Zenith Bank et UBA sont en pleine offensive à l’international, NSIA envisage également d’étendre ses activités au-delà de l’Afrique de l’Ouest. « L’internationalisation est une réflexion que nous menons avec attention. Si ce n’est pas une priorité à court terme, nous restons attentifs aux opportunités », confie Diagou. L’installation d’Access Bank à Paris, par exemple, montre comment les banques africaines anticipent le retrait des groupes bancaires occidentaux et cherchent à combler le vide laissé.
Opérer dans un contexte politique instable
NSIA continue également à opérer dans des pays dirigés par des juntes militaires, comme le Mali. « Au Mali, nous n’avons pas de défis particuliers avec les autorités en place, qui reconnaissent notre rôle d’acteur du développement économique et social », assure Diagou. Le groupe reste focalisé sur sa mission de soutien aux populations et aux entreprises, tout en restant à l’écoute des opportunités dans les autres pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
L’avenir du franc CFA : pas d’inquiétudes
Enfin, concernant l’avenir du franc CFA, Diagou se montre serein. « Nous n’avons pas d’inquiétudes particulières sur l’avenir de la monnaie commune de la zone UEMOA. Nous faisons pleinement confiance aux États membres, dont les décisions seront profitables, nous en sommes certains, aux économies », déclare-t-il. Cette confiance témoigne de la résilience et de l’optimisme qui caractérisent le groupe NSIA, malgré les défis économiques et politiques auxquels il est confronté.
Si NSIA est souvent présenté comme une success-story familiale, Jean Kacou Diagou préfère mettre en avant l’essor d’un groupe financier panafricain. « NSIA a certes une base familiale, mais, au fil des ans, nous avons su nous professionnaliser et nous aligner sur les standards internationaux », explique-t-il. Aujourd’hui, NSIA est bien plus qu’une entreprise familiale : c’est un acteur clé de la finance en Afrique, qui continue de grandir et de se réinventer dans un environnement en pleine mutation.
Avec une stratégie claire, une gouvernance solide et une vision à long terme, NSIA semble bien positionné pour relever les défis à venir et continuer à jouer un rôle central dans le développement économique de l’Afrique de l’Ouest.
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