Alors que l’entrepreneuriat se présente comme un levier essentiel de croissance inclusive en Côte d’Ivoire, les femmes y occupent une place de plus en plus affirmée. Entre initiatives publiques, programmes privés et récits inspirants, l’écosystème ivoirien se structure pour soutenir le leadership féminin. Mais les défis restent nombreux.
Un écosystème en mutation
Ces dernières années, l'entrepreneuriat féminin en Côte d'Ivoire connaît une dynamique encourageante. Selon un rapport de la Banque mondiale, près de 35 % des entreprises du secteur formel en Côte d'Ivoire sont dirigées par des femmes. Un chiffre révélateur, bien qu’en deçà de leur potentiel économique.
Cette émergence repose en partie sur une volonté politique croissante. Le gouvernement ivoirien a fait de la promotion du genre une priorité, notamment à travers des programmes comme le Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI), mis en place en 2012. À ce jour, ce fonds a permis de financer plus de 300 000 femmes entrepreneures, en particulier dans les zones rurales.
Parallèlement, des structures telles que l’Agence Côte d’Ivoire PME proposent des formations, du mentorat et un accompagnement personnalisé aux femmes désireuses de formaliser ou d’étendre leur activité. Ces initiatives sont souvent complétées par des actions d’ONG, de bailleurs internationaux (PNUD, GIZ, etc.), et d’acteurs privés comme Orange Fab ou MTN Women In Business.
Défis persistants : accès au financement, formalisation et culture entrepreneuriale
Malgré ces avancées, les femmes entrepreneures ivoiriennes continuent de faire face à des obstacles structurels. L'accès au financement demeure la principale barrière. Selon un rapport du Centre du Commerce International (CCI), seules 15 % des femmes entrepreneures ont accès à un crédit bancaire, souvent faute de garanties suffisantes ou de projets jugés “à risque”.
La formalisation des activités est également un défi majeur. Beaucoup de femmes évoluent dans l’informel, par manque d’information, de ressources ou face à une lourdeur administrative décourageante. Ce manque de structuration freine leur accès aux marchés publics et aux partenariats stratégiques.
Enfin, un frein culturel persiste : dans certaines communautés, l'entrepreneuriat reste encore perçu comme un domaine réservé aux hommes. L’autocensure, le manque de modèles visibles et le poids des responsabilités familiales peuvent limiter l’ambition entrepreneuriale féminine.
Opportunités : numérique, réseautage et nouveaux modèles d'accompagnement
Dans ce contexte, plusieurs leviers de développement se dessinent. Le numérique, notamment, offre aux femmes de nouvelles opportunités de croissance. Grâce à l’e-commerce, aux réseaux sociaux ou aux plateformes de paiement mobile, il est désormais possible de créer et développer une activité avec peu de moyens initiaux. Des incubateurs comme She Is The Code ou EllesCodent forment d’ailleurs des femmes à la tech et à l’innovation.
Le réseautage féminin se renforce également avec des associations professionnelles telles que le Women In Business Network Côte d’Ivoire (WIBN-CI) ou encore le Club des Femmes Chefs d’Entreprise de Côte d’Ivoire (CFCE-CI), qui multiplient les événements, les formations et les opportunités de collaboration.
En outre, de nouveaux modèles d’accompagnement émergent, basés sur le mentorat, l’empowerment et la mise en relation avec des investisseurs. Le programme "Women Entrepreneurship Access Center" (WEAC), par exemple, met l’accent sur l’accès au marché, la structuration financière et la visibilité des femmes leaders.
Des trajectoires inspirantes qui changent les codes
L’essor de l’entrepreneuriat féminin s’incarne à travers des parcours inspirants. À l’image de Massandjé Touré-Litse, ancienne DG du Conseil Café-Cacao et aujourd’hui figure de l’entrepreneuriat agro-industriel. Ou encore Mariam Dao Gabala, présidente de la Fondation AGIR, qui milite pour l’autonomisation économique des femmes rurales.
Autre exemple, Awa Sanoko, fondatrice de Kente Concept, une marque de mode éthique qui allie tradition textile et innovation marketing. Ou encore Edith Brou, pionnière de la tech ivoirienne, qui accompagne aujourd’hui de nombreuses jeunes femmes dans l’univers du digital.
Ces femmes, par leur résilience, leur créativité et leur leadership, bousculent les normes et ouvrent la voie à une nouvelle génération d’entrepreneures.
Vers une économie plus inclusive
L’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire ne relève plus de l’exception : il s’impose comme une force transformatrice. Pour que cette dynamique s’amplifie, il est essentiel de renforcer les dispositifs d’accompagnement, de faciliter l’accès au financement, et de valoriser les rôles modèles. L’enjeu est double : autonomiser les femmes, et bâtir une économie ivoirienne plus inclusive, durable et compétitive.
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