En Côte d'Ivoire, la startup Bioani se distingue par une approche innovante de l'économie circulaire, transformant les déchets organiques en ressources précieuses pour l'agriculture et l'élevage.
Quand les mouches résolvent la crise des déchets
À Abidjan, tandis que les décharges débordent et que l'insécurité alimentaire menace, une jeune pousse ivoirienne bouscule les codes. Bioani, fondée en 2021, mise sur un allié inattendu : la mouche soldat noire. Ce petit insecte aux capacités extraordinaires convertit les déchets organiques en or noir pour l'agriculture locale.
De l'échec à l'innovation : l'odyssée d'Arthur de Dinechin
"Tout est parti d'un constat simple : nos déchets sont des ressources mal exploitées", confie Arthur de Dinechin, fondateur visionnaire de Bioani. Après un parcours dans le recyclage traditionnel, ce passionné d'entomologie appliquée découvre le potentiel révolutionnaire des larves de mouches soldats noires pour valoriser ce que d'autres considèrent comme des rebuts.
Dans les coulisses d'une usine pas comme les autres
Dès l'aube, les équipes de Bioani sillonnent les marchés d'Abidjan pour collecter fruits et légumes invendus. Dans leurs installations, un ballet étonnant se déroule : des milliers de larves voraces transforment en sept jours seulement ces déchets en biomasse protéinée. "Nos mouches accomplissent en une semaine ce qui prendrait des mois par compostage traditionnel", explique un technicien de l'entreprise. Le résultat ? Une farine riche en protéines pour nourrir poissons et volailles, tandis que le frass – déjections des larves – devient un fertilisant naturel prisé des agriculteurs locaux.
Un triple impact qui fait mouche
L'innovation de Bioani frappe par son efficacité multidimensionnelle. D'abord écologique, avec 60 tonnes de déchets détournés mensuellement des décharges. Puis économique, en proposant une alternative locale aux farines de poisson importées qui grèvent les budgets des éleveurs ivoiriens. Enfin sociale, par la création d'emplois verts dans une filière entièrement nouvelle.
"Nos fertilisants naturels permettent aux agriculteurs d'augmenter leurs rendements tout en réduisant leur dépendance aux intrants chimiques", souligne un responsable de Bioani. Un argument de poids dans un pays où l'agriculture représente près d'un quart du PIB.
De la reconnaissance internationale à l'expansion nationale
Le modèle disruptif de Bioani n'est pas passé inaperçu. En 2022, Stardust Startups lui accordait une subvention stratégique, tandis que la FAO s'associait à l'entreprise pour former des agriculteurs locaux aux techniques d'utilisation des larves et du frass.
Fort de ces succès, Bioani voit plus grand. "Notre ambition est de décentraliser notre modèle à travers tout le pays", révèle la direction. L'entreprise envisage de déployer des micro-unités de production en partenariat avec des coopératives agricoles et des entrepreneurs locaux, créant ainsi un maillage territorial capable de traiter les déchets au plus près de leur source.
Quand l'économie circulaire devient réalité
"Ce qui fait la force de Bioani, c'est sa capacité à transformer un double problème – la gestion des déchets et l'insécurité alimentaire – en une solution circulaire", analyse un expert en développement durable.
Dans un contexte où l'Afrique cherche ses propres modèles de développement durable, Bioani incarne cette nouvelle génération d'entreprises qui réinventent l'économie circulaire avec pragmatisme et innovation. Une success-story ivoirienne qui prouve que les solutions aux grands défis environnementaux peuvent émerger du continent lui-même.
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