À 55 ans, le président de la CGECI incarne une nouvelle génération de dirigeants déterminés à transformer le capitalisme ivoirien. Entre vision stratégique et pragmatisme, portrait d’un homme qui veut faire émerger des champions nationaux.
Dans les couloirs feutrés de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Ahmed Cissé dégage une autorité tranquille. Depuis sa prise de fonction en 2023, ce financier de formation a imprimé sa marque au puissant patronat ivoirien avec une ambition claire : faire émerger des “champions nationaux” capables de porter l’économie du pays vers de nouveaux sommets.
Un parcours forgé entre New York et Abidjan
L’histoire d’Ahmed Cissé commence loin des tours d’Abidjan, à Toulépleu, dans l’ouest ivoirien. Mais c’est aux États-Unis qu’il forge son expertise, diplômé de la City University of New York en finance et systèmes d’information, avant d’obtenir un MBA spécialisé en télécommunications et une certification en gouvernance de la London Business School.
Cette formation internationale trouve rapidement sa traduction professionnelle. Pendant sept années chez Citibank, aussi bien aux États-Unis qu’en Côte d’Ivoire, il gravit les échelons et acquiert cette vision globale des marchés qui caractérise aujourd’hui son approche. Mais c’est au début des années 2000 qu’il prend un virage décisif en rejoignant le secteur des télécommunications.
Le pionnier des télécoms qui révolutionna un marché
En 2005, Ahmed Cissé entre dans l’histoire économique ivoirienne en devenant le premier dirigeant ivoirien d’une société de téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest. À la tête de Moov Côte d’Ivoire, il mène une stratégie concurrentielle agressive qui bouleverse le paysage des télécommunications. Les résultats parlent d’eux-mêmes : rentabilité atteinte en 18 mois, plus de 4,5 millions d’abonnés conquis, et une valorisation qui frôle les 800 millions de dollars.
Plus impressionnant encore, son arrivée sur le marché fait chuter par trois le coût des télécommunications en Côte d’Ivoire, démocratisant l’accès au mobile pour des millions d’Ivoiriens. Cette révolution tarifaire illustre déjà sa philosophie : créer de la valeur tout en rendant les services accessibles au plus grand nombre.
Fort de ce succès, il étend l’empreinte de Moov dans la sous-région – Burkina Faso, Bénin, Gabon, Centrafrique – tout en présidant pendant plus de dix ans l’Union nationale des entreprises de télécommunications (UNETEL). Une expérience qui lui donne une vision régionale précieuse pour ses responsabilités actuelles.
L’entrepreneur aux multiples casquettes
Parallèlement à ses fonctions opérationnelles, Ahmed Cissé développe son propre empire économique avec le Groupe Brandon & McCain, fondé au milieu des années 2000. Ce conglomérat tentaculaire irrigue des secteurs aussi variés que l’immobilier, les technologies de l’information, l’énergie, les mines, l’agro-business et l’hôtellerie. Une diversification qui témoigne de sa capacité à identifier les opportunités de croissance dans une économie en mutation.
Aujourd’hui, son carnet de mandats reflète cette expertise multi-sectorielle : président du conseil d’administration de Moov Côte d’Ivoire et de la BICICI (ex-BNP Paribas), de Banque Atlantique Togo, administrateur du groupe Eranove et pilote de la Commission Finance & Investissement de la CNPS. Autant de positions stratégiques qui lui confèrent une vision panoramique de l’économie ivoirienne.
Un réseau d’influence qui dépasse les frontières
Si Ahmed Cissé cultive la discrétion, son carnet d’adresses n’en demeure pas moins impressionnant. Proche du président Alassane Ouattara dont il est parent, il évolue naturellement dans le premier cercle du pouvoir. Ses liens avec l’influent Bernard Koné Dossongui, magnat de la finance ouest-africaine, se traduisent par des collaborations stratégiques dans plusieurs entreprises.
Cette influence dépasse largement les frontières ivoiriennes. Un an après son élection à la CGECI, il accède à la présidence de la Fédération des Organisations Patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO), regroupant 15 pays de la CEDEAO. En 2025, il prend également les rênes de l’Alliance des patronats francophones, confirmant son rayonnement international.
Ses connexions atlantiques ne sont pas en reste : en décembre 2022, il préside le Business Forum USA-Côte d’Ivoire en marge du sommet États-Unis-Afrique à Washington, prouvant son aisance dans les milieux d’affaires internationaux.
Une vision pour transformer le capitalisme ivoirien
À la tête du patronat depuis fin 2022, Ahmed Cissé porte une ambition claire : “faire de la prospérité de l’ensemble du secteur privé ivoirien” sa priorité absolue. Dans un contexte post-crise où la Côte d’Ivoire table sur une croissance de 6 à 7% entre 2023 et 2025, il veut faire émerger des leaders économiques capables de conquérir les marchés régionaux et internationaux.
Sa stratégie repose sur un partenariat renforcé avec l’État. Dès les premières semaines de son mandat, il multiplie les rencontres au plus haut niveau pour plaider la cause du secteur privé. À son agenda : poursuite des réformes fiscales, amélioration du climat des affaires, politique industrielle volontariste pour valoriser les atouts du pays dans le cacao et la noix de cajou.
“Mon intime conviction est que la Côte d’Ivoire ne pourra pas passer à une autre échelle de son développement ni réussir son Plan national de développement 2021-2025 sans un secteur privé fort, porté par des champions nationaux”, affirme-t-il avec détermination.
Un leadership hybride pour relever les défis
Ahmed Cissé incarne un style de leadership qui mélange tradition et modernité. Comme son prédécesseur Jean-Marie Ackah, il privilégie la réserve aux coups d’éclat médiatiques, préférant les résultats concrets aux postures. Cette approche lui vaut d’être élu à l’unanimité par le conseil d’administration de la CGECI, ralliant toutes les familles du patronat.
Son parcours atypique – banquier, opérateur télécom, entrepreneur high-tech – lui confère une sensibilité particulière aux enjeux nouveaux : transformation digitale, financement des start-ups, responsabilité sociétale. Il entend incarner un patronat plus inclusif, où la réussite ne serait plus l’apanage des seules multinationales d’Abidjan.
Les défis ne manquent pourtant pas : maintenir l’unité du patronat, créer des emplois pour une jeunesse nombreuse, intégrer le secteur informel dans l’économie formelle. Autant d’équations complexes que ce stratège aguerri compte résoudre par la concertation et l’innovation.
L’homme qui veut changer la donne
En quelques mois à la tête du patronat, Ahmed Cissé s’impose comme l’architecte d’un nouveau modèle économique ivoirien. Sa vision vise à faire passer le pays d’une économie encore dominée par l’exportation brute de matières premières à un modèle porté par des champions nationaux créateurs de valeur ajoutée.
Le défi est colossal, mais Ahmed Cissé ne manque ni de conscience ni d’enthousiasme pour le relever. Soutenu par un réseau solide et fort de son expérience multi-sectorielle, il dispose des atouts pour réussir cette transformation. Reste à transformer l’essai en résultats concrets pour que, sous sa houlette, le patronat ivoirien accomplisse sa mue et accompagne la Côte d’Ivoire vers une prospérité partagée.
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